“Et si on essayait l’optimisme?”


Cela fait environ 3 ans maintenant que j’ai lancé VétoJob avec Alice, mon amie et consoeur et petit à petit, mon regard sur notre profession a évolué, s’est affûté. J’ai rencontré des dizaines de consoeurs et confrères, j’ai reçu des centaines de mails et j’ai appris à vous écouter. Vous avez fait grandir ma vision du monde vétérinaire et mon analyse. C’est pour ces raisons que j’ai envie aujourd’hui de partager toutes ces réflexions avec vous, qu’elles concernent l’emploi ou non, qu’elles soient d’ordre général ou liées à un aspect particulier du quotidien des vétérinaires et je me suis dit qu’un blog était le meilleur moyen de le faire. Je ne me fais la porte-parole ou l’avocate de personne, d’aucun “type de vétérinaire”, d’aucune génération. Je n’ai pas cette prétention. Ce que j’écris n’engage que moi: c’est le fruit de mes réflexions, nourries par des constats et des expériences accumulés autour de VétoJob ces dernières années. Je suis encore et toujours preneuse de vos remarques, à condition que la bienveillance et la confraternité soient les maîtres mots de nos échanges.

Pour ce premier blogpost, j’ai eu envie de tordre le cou à certains préjugés qui me préoccupent parce que je les sens planer au-dessus de nos têtes, comme des oiseaux de mauvais augure.

“Le métier de véto n’a plus d’avenir”

Sincèrement, cette idée me semble complètement extravagante. Nous existons depuis plus de 250 ans. Nous avons traversé les siècles et leurs turpitudes et nous sommes toujours là. Pourquoi? La raison est simple: nous avons su nous adapter. Et là, parce que nous arrivons à une nouvelle période de transition et que c’est un peu plus difficile que prévu, parce que la loi de découplage, parce que la révolution numérique, ou parce que je ne sais trop quoi d’autre, nous n’aurions plus d’avenir? Je vous l’accorde, nous avons la vie dure en ce moment: nous avons du mal à recruter, nous gagnons moins bien notre vie qu’avant, nous avons parfois du mal à nous comprendre entre générations. Certes, tout cela est vrai. Mais alors quoi? Nous baissons les bras? Quand je vous écoute, j’entends votre peine, votre ras le bol que tout aille de travers. Mais ce que j’entends surtout, pour les plus âgés d’entre vous, c’est votre envie de transmettre le métier qui a été le vôtre. Dans votre colère, j’entends la peur que les valeurs qui sont les vôtres se perdent. Et d’autres part, quand j’écoute les griefs des plus jeunes d'entre vous, j’entends, dans votre ardeur, votre envie de construire un métier qui vous ressemble. Alors je me dis que si d’un côté, il y a un désir de transmission et de l’autre, une volonté énergique d’avancer, c’est que la relève est assurée et qu’il y a de l’espoir. Et finalement, nous allons faire comme nous faisons depuis plus de 2 siècles. Tout simplement. Nous allons nous adapter et je ne vois pas pour quelle raison cette fois, ça ne marcherait pas: il y aura encore des animaux à soigner demain, et aussi tous les autres jours. La société a plus que jamais besoin de nous pour mieux comprendre son rapport à l’animal. La science aura toujours besoin de nos lumières pour progresser. Alors croyez-moi, nous sommes un métier d’avenir! Ni la robotique, ni l’intelligence artificielle ou que sais-je encore ne sont de réelles menaces pour nous, à condition de rester au coeur de ces sujets pour ne jamais se retrouver en position de les subir. Nous n’allons pas trop avoir le choix en fait, nous allons nous serrer les coudes (ça, on nous l’a appris à l’école, vous savez “l’esprit de corps”), nous allons retrousser nos manches (ça ne nous a jamais fait peur) et nous allons faire ce qu’un vétérinaire sait faire de mieux, à savoir mettre les mains dans la m… pour trouver des solutions ensemble. Parce qu’il est urgent d’inscrire notre métier dans le 21ème siècle! C’est à nous de construire l’avenir de notre profession au lieu de nous cacher derrière l’excuse d’une époque difficile et d’une conjoncture malheureuse.

“Les vétos sont des cons”

Les clients sont de moins en moins tendres avec nous alors je doute que nous déprécier, nous-mêmes ou nos confrères, soit une solution pour nous aider à nous sortir de cette période difficile. Où avons-nous mis notre estime de nous-même? Je côtoie énormément de vétérinaires, dans mon travail comme dans ma vie privée. Et plus j’en rencontre, plus je travaille avec eux et plus je m’aperçois de leur intelligence et de leur ouverture d’esprit. J’ai un scoop pour vous: vous êtes des gens brillants! Non seulement brillants, mais en plus performants et travailleurs. Alors ça me désole que vous en soyez si peu conscients et que vous vous “tapiez dessus” par générations interposées. Mettez vos amis vétérinaires autour d’une table et prenez le temps de discuter avec eux. Même si nous sommes différents (bien entendu), vous serez surpris des qualités que nous possédons en commun. Vous pouvez parler de tout avec des vétos. Sans filtre, sans tralala (oserais-je le dire: nous appelons un chat un chat ;)). Le contact avec la clientèle nous apprend à ne jamais juger sans comprendre, la confrontation à “toute la misère du monde” nous rend empathique et à l’écoute de l’autre. Le rapport permanent à la maladie et à la mort fait de nous des gens doués d’une grande sensibilité, parfois à fleur de peau, mais en tout cas bien présente. Il y a peu de corps de métier où l’entraide, la cohésion et la bienveillance sont des valeurs aussi ancrées. Alors dire ou penser de nos confrères, quel que soit leur âge ou les divergences d’opinion qu’on peut avoir avec eux, qu’ils sont des cons (je grossis volontairement le trait) est un non-sens dangereux. N’oublions pas que l’image que nous renvoyons aux clients et à la société, c’est d’abord l’image que nous avons de nous-mêmes.

“Les études vétérinaires, c’est une voie de garage”

Nous avons fait des études extrêmement sélectives. Elles nous ont appris la persévérance et la rigueur et nous ont rendu très compétitifs. Nous avons été sélectionnés sur nos capacités d’apprentissage et d’analyse. Bref, nous avons appris à apprendre. Et ça, c’est une qualité extraordinaire. Un patron d’entreprise m’a dit un jour qu’il embauchait des vétérinaires depuis des années dans divers secteurs pour leur “cerveau parfaitement organisé” et leurs “capacités de travail hors du commun”. Sur le coup, je n’avais pas relevé. Aujourd’hui, je réalise combien il a raison. C’est d'ailleurs pour toutes ses qualités que les entreprises nous recrutent. Dans un pays où le taux de chômage frise les 10%, nous connaissons le plein emploi. Il faut quand même mesurer cette chance là! Je ne dis pas que c’est facile de trouver le job idéal, je dis qu’un diplôme vétérinaire, c’est de l’or en barre! Et je dis aussi qu’on peut en faire des tas de choses différentes: bien sûr, à l’origine, nous sommes formés pour être praticiens et c’est important de le dire car aujourd’hui, nous en manquons cruellement! Mais si nous n’y trouvons pas l'épanouissement nécessaire et que l’envie nous prend de valoriser nos compétences différemment, nous pouvons aussi travailler dans l’industrie pharmaceutique, dans le petfood, dans l’industrie agro-alimentaire, dans la fonction publique et dans plein d’autres domaines. Nous avons également la tête suffisamment bien faite pour accéder à de nombreuses formations complémentaires ou à des possibilités de double diplôme. A chacun de tracer sa route! Je peux entendre que certains regrettent d’avoir fait véto mais je doute que ce soit en fait le fond du problème. Si c’est ce que vous vous dites, la vraie question me semble plutôt être: comment, avec ce diplôme de vétérinaire et les compétences extraordinaires (et insoupçonnées) que vos études vous ont apportées, allez-vous trouver un boulot et un projet professionnel dans lequel vous allez pouvoir vous épanouir pleinement? Autrement dit (pour les amateurs de sport): vous avez déjà marqué un essai, au lieu de vous demander si vous n’auriez pas mieux fait de marquer un but, cherchez comment transformer cet essai…

Il est tant pour nous de retrouver notre optimisme

Je tape du poing sur la table aujourd’hui parce que c’est vrai, j’en ai ras le bol du pessimisme ambiant, des complaintes et des soupirs alors que nous avons beaucoup de chance de faire ce métier (au sens large) et qu’il n’appartient qu’à nous de le faire évoluer. C’est peut-être aussi une forme de thérapie, moi qui me suis demandée maintes et maintes fois à quoi j’allais consacrer mes compétences et qui ne me suis jamais sentie aussi bien dans mon job qu’à présent que j’ai compris à quoi j’étais le plus utile. Mais c’est surtout une déclaration d’amour (rien moins que ça) que je vous fais, mes chères consoeurs, mes chers confrères, parce que je vous admire. J’admire le courage de ceux qui, bottes aux pieds, sillonnent les routes de France pour seconder nos éleveurs et soutenir le monde rural en crise. J’admire la patience de ceux qui, blouse au corps, soignent des dizaines de patients et absorbent les émotions de dizaines de clients. J’admire l’énergie de toutes celles et ceux qui travaillent la nuit pour assurer un service continu et qui se battent quotidiennement pour conjuguer leur vie familiale et leur vie professionnelle. J’admire la détermination de ceux qui utilisent leurs compétences pour créer de la valeur ailleurs. Et j’admire aussi tous les autres, parce que nous sommes partout, même là où on ne nous attend pas.

Et si ce blogpost, ou l’un des suivants sur un quelconque sujet, vous interpelle, vous fait sourire ou vous pique au vif, j’aurais déjà gagné. Parce que mon seul objectif est de faire bouger les lignes, un tout petit peu, à ma toute petite échelle. Il paraît que les petits ruisseaux font les grandes rivières: chacun d’entre nous est un petit ruisseau pour cette profession...

Confraternellement, amicalement, optimistement,

Marine.

PS: Merci à tous mes amis vétérinaires qui me rappellent chaque jours combien ils sont des gens brillants et inspirants :-)

"Un pessimiste voit la difficulté dans chaque opportunité, un optimiste voit l'opportunité dans chaque difficulté", Winston Churchill.

©Ecrit avec passion!

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